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François Havez — Films, rencontres, regards

Photo du rédacteur: François Havez
François Havez
3 août
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 sept.

François Havez est réalisateur de documentaires de création. Depuis plus de vingt ans, il filme avec sensibilité les parcours de vie et les réalités sociales, privilégiant une immersion au plus près de ses personnages. Parmi ses films figurent Y a-t-il encore mon pays ailleurs ?, Dehors Dedans et Chronique d'une pension de famille.



Les débuts de François Havez


Avant de devenir documentariste, François Havez a exploré de nombreux territoires du cinéma et de l'audiovisuel. Il fait ses premiers pas comme assistant réalisateur sur des films de fiction, où il apprend la rigueur du plateau et le sens de la mise en scène. Il réalise ensuite des formats courts, des bandes-annonces pour TF1 Pub et France 2, puis de nombreux films institutionnels et corporate. Ces années de pratique forgent son regard et son écriture.

Peu à peu, l'envie de raconter le réel s'impose. Il choisit alors le documentaire de création comme un espace de liberté, privilégiant l'immersion au long cours et la rencontre avec celles et ceux que l'on voit rarement à l'écran. Depuis, chacun de ses films porte la même ambition : faire émerger, avec pudeur et exigence, la force humaine qui se révèle derrière les parcours de vie


Une formation entre arts et cinéma


Formé à l'École nationale supérieure d'arts de Cergy-Pontoise, puis au DERCAV (Département d'études et de recherches cinématographiques et audiovisuelles) de l'Université Paris III – Sorbonne Nouvelle, François Havez construit très tôt son regard à la croisée des arts plastiques, du cinéma et des sciences humaines.

Grand cinéphile, il nourrit sa réflexion aussi bien des grands documentaristes que du cinéma de fiction contemporain. Son travail est marqué par un goût pour les films où le temps, l'observation et la présence des personnages prennent le pas sur la démonstration. Il revendique un cinéma de l'immersion, attentif aux gestes, aux silences et aux relations humaines, où l'esthétique accompagne toujours le réel sans jamais le contraindre.

Cette double formation, artistique et universitaire, continue d'alimenter une démarche d'auteur qui conjugue exigence formelle, sensibilité documentaire et engagement profondément humaniste.


Ses films


"Y a-t-il encore mon pays ailleurs ?"


En 2013, François Havez réalise son premier long métrage documentaire, Y a-t-il encore mon pays ailleurs ?, consacré à la mémoire des Chibanis vivant en foyer de travailleurs migrants. Présenté au Festival Images de la Diversité et de l'Égalité (FIDEL) à Paris, le film est salué par la critique. Dans Afriscope, le journaliste Djia Mambu souligne la singularité de sa démarche dans un article intitulé « Filmer l'habitant, pas l'habitat », mettant en avant un cinéma qui privilégie la rencontre humaine, l'intimité et la dignité des personnes filmées plutôt que les clichés associés aux lieux qu'elles habitent.


Ce qui est particulièrement intéressant dans cette critique, c'est qu'elle décrit déjà ce qui deviendra votre signature de réalisateur. On y retrouve des éléments qui traversent ensuite Dehors Dedans et Chronique d'une pension de famille :

  • une immersion au long cours ;

  • la confiance accordée aux personnes filmées ;

  • le refus du misérabilisme et des clichés ;

  • un cinéma qui s'attache avant tout aux êtres plutôt qu'aux dispositifs sociaux ou aux lieux ;

  • une attention aux gestes du quotidien et à la dignité humaine.

Cette critique apparaît aujourd'hui comme une première reconnaissance de votre écriture documentaire, avant qu'elle ne s'affirme pleinement dans vos films suivants.


"Dehors Dedans"


Dehors Dedans est un film documentaire réalisé par François Havez, produit par Bon Voyage Films et coproduit par Image Temps. Tourné sur plus de deux années, il est sorti en salles le 4 octobre 2023 après avoir été achevé en 2022.

Le film suit une recherche participative menée autour du Logement d'abord. Deux co-chercheurs, eux-mêmes résidents en pension de famille, Marcel et Jean-Paul, accompagnent une chercheuse en sciences de l'éducation et un anthropologue à la rencontre d'anciens sans-abri. Ensemble, ils explorent une question essentielle : comment réapprendre à habiter après un parcours de rue ? 

Au-delà de la recherche, Dehors Dedans est un documentaire de création qui donne à voir les visages, les silences et les paroles de femmes et d'hommes en reconstruction. Sans commentaire démonstratif, François Havez privilégie une immersion au plus près des personnes filmées. Son regard met en lumière la fragilité des parcours, mais aussi la capacité de chacun à retrouver une place dans le monde grâce au logement, au lien social et à la reconnaissance.

Le film a accompagné une importante tournée de ciné-débats à travers la France, faisant dialoguer le public, les professionnels du logement, les chercheurs et les personnes concernées. Il s'inscrit dans la continuité du travail documentaire de François Havez, qui interroge les questions sociales à travers une approche profondément humaine et cinématographique.



Les thèmes récurrents dans l'œuvre de François Havez


La mémoire et le temps


La mémoire est l'un des fils conducteurs du cinéma de François Havez. Elle ne se manifeste pas comme un simple souvenir du passé, mais comme une matière vivante qui façonne les êtres, leurs silences, leurs gestes et leur manière d'habiter le présent. Ses films s'intéressent aux traces laissées par les parcours de vie, aux blessures, aux exils, aux ruptures et aux renaissances.


Dans Y a-t-il encore mon pays ailleurs ?, la mémoire de l'exil irrigue le quotidien des anciens travailleurs immigrés, les chibanis, dont les récits interrogent l'appartenance, la transmission et le sentiment d'avoir plusieurs patries sans en posséder pleinement aucune.

Dans Chronique d'une pension de famille, la mémoire se révèle à travers les histoires des résidents. Sans jamais chercher à provoquer les confidences, le film laisse émerger, au fil du temps partagé, les fragments d'un passé souvent marqué par des accidents de la vie, la précarité ou la solitude. Le temps du documentaire devient alors celui de la reconstruction : les saisons passent, les liens se créent, et chacun retrouve progressivement une place parmi les autres. Chez François Havez, le temps n'est jamais seulement un décor ; il est le moteur discret de la transformation des êtres.


« Des vies, des parcours »


Les films de François Havez interrogent la manière dont chacun se construit malgré les épreuves de l'existence. Son cinéma s'attache à des femmes et des hommes dont l'identité a été fragilisée par l'exil, la pauvreté, la maladie, le sans-abrisme ou les ruptures de parcours. Sans jamais enfermer ses personnages dans leur condition sociale, il les filme dans leur singularité, leur humour, leurs contradictions et leur capacité à se réinventer.


Dans Y a-t-il encore mon pays ailleurs ?, la question de l'identité traverse le récit des chibanis, partagés entre le pays quitté et celui où ils ont construit leur vie. Dans Dehors Dedans comme dans Chronique d'une pension de famille, la quête de soi passe par la possibilité de retrouver un lieu où vivre, une parole, des relations et une dignité. Chez François Havez, l'identité n'est jamais figée : elle se reconstruit au contact des autres.


La solitude et l'isolement


La solitude est une présence récurrente dans le cinéma de François Havez, mais elle n'est jamais considérée comme une fatalité. Ses films montrent comment l'isolement peut résulter de l'exclusion sociale, du vieillissement, de la maladie ou de l'exil, tout en révélant les chemins qui permettent de renouer avec le collectif.


Dans Chronique d'une pension de famille, les résidents arrivent avec des histoires souvent marquées par la solitude. Au fil du documentaire, les repas partagés, les fêtes, les discussions ou les moments de silence témoignent d'une reconstruction progressive du lien social. Dehors Dedans explore lui aussi cette transition entre l'errance et la réappropriation d'un espace de vie, montrant que l'habitat ne se réduit pas à un toit, mais constitue un point de départ vers une nouvelle manière d'habiter le monde et d'habiter les relations aux autres.


 
 
 

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